Brice Hortefeux dans la nasse
Les familles de victimes portent plainte contre l'ancien ministre.
Les appels de Brice Hortefeux prouvent que des fuites lui ont permis de suivre les développements de l'enquête. Archives afp
L'ancien ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux se mord sans doute les doigts d'avoir été aussi bavard au téléphone. Non seulement il a braqué les projecteurs sur l'entourage immédiat de Nicolas Sarkozy, mais il s'est lui-même jeté dans la fosse aux lions. Les familles des victimes de l'attentat de Karachi, qui, en 2002, avait coûté la vie à 11 salariés de la Direction des constructions navales, ont annoncé hier qu'elles portaient plainte contre lui pour subornation de témoin et entrave au bon fonctionnement de la justice. Cette offensive judiciaire pilotée par l'avocat Me Olivier Morice fait suite à la révélation, la semaine dernière, d'écoutes téléphoniques plus qu'embarrassantes.
Double enquête
Brice Hortefeux prévenait son vieil ami Thierry Gaubert, un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, des accusations portées par sa femme, la princesse Hélène de Yougoslavie. Quelques jours plus tôt, lors de son audition dans les locaux de la police judiciaire, la princesse avait expliqué que son mari allait chercher dans les années 1990 des fonds en Suisse en compagnie du marchand d'armes Ziad Takieddine. Selon ses dires, des espèces auraient été remises à Nicolas Bazire, le directeur de la campagne d'Édouard Balladur lors de la présidentielle de 1995. Brice Hortefeux avait été informé de cette déposition avant même que le juge Renaud Van Ruymbeke ne la verse au dossier d'instruction. D'où l'ancien ministre tenait-il ses informations ?
L'hypothèse d'une fuite émanant de la police judiciaire au profit de l'Élysée, via le ministère de l'Intérieur, est aujourd'hui privilégiée par les familles de victimes. En fin de semaine dernière, le procureur de Paris n'a pu faire autrement que d'ouvrir une enquête pour violation du secret professionnel et violation du secret de l'instruction. Mais celle-ci ayant été confiée à la police judiciaire, celle-là même qui est suspectée, les familles de victimes n'en attendent pas grand-chose. D'autant que la confiance accordée au parquet, qui évolue sous la tutelle étroite du pouvoir exécutif, s'est sérieusement dégradée au cours de ces dernières années. Notamment à Paris.
L'Élysée dans l'embarras
Le procureur de la capitale a malgré tout l'occasion de faire montre d'indépendance en saisissant un juge d'instruction. Mais il peut aussi choisir de garder le contrôle des investigations. Au risque pour les familles de victimes de voir prononcer un classement sans suite sur ordre du pouvoir. Dans ce cas, celles-ci auraient alors la possibilité de se constituer directement parties civiles devant un juge d'instruction.
Quel que soit le scénario, Brice Hortefeux semble pris dans une nasse judiciaire. D'autant que d'autres écoutes démontrent que Thierry Gaubert a profité de ses confidences pour menacer sa femme et lui intimer l'ordre de se taire.
L'ancien ministre de l'Intérieur pourrait ne pas être le seul à se retrouver en fâcheuse posture. Dans sa plainte révélée par lepoint.fr, Me Olivier Morice vise aussi le fameux communiqué diffusé la semaine dernière par l'Élysée. Il y est écrit que « le nom de Nicolas Sarkozy n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier… comme cela apparaît dans les pièces de la procédure ». Une rédaction plus que maladroite qui démontre la connaissance des investigations menées par le juge Van Ruymbeke au plus haut sommet de l'État.
De quoi inciter les enquêteurs à aller frapper à la porte du Château pour interroger les auteurs du texte et leurs commanditaires. Tout au moins si on leur en donne l'autorisation. On n'a pas fini de parler de l'affaire Karachi.
Dominique Richard
Double enquête
Brice Hortefeux prévenait son vieil ami Thierry Gaubert, un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, des accusations portées par sa femme, la princesse Hélène de Yougoslavie. Quelques jours plus tôt, lors de son audition dans les locaux de la police judiciaire, la princesse avait expliqué que son mari allait chercher dans les années 1990 des fonds en Suisse en compagnie du marchand d'armes Ziad Takieddine. Selon ses dires, des espèces auraient été remises à Nicolas Bazire, le directeur de la campagne d'Édouard Balladur lors de la présidentielle de 1995. Brice Hortefeux avait été informé de cette déposition avant même que le juge Renaud Van Ruymbeke ne la verse au dossier d'instruction. D'où l'ancien ministre tenait-il ses informations ?
L'hypothèse d'une fuite émanant de la police judiciaire au profit de l'Élysée, via le ministère de l'Intérieur, est aujourd'hui privilégiée par les familles de victimes. En fin de semaine dernière, le procureur de Paris n'a pu faire autrement que d'ouvrir une enquête pour violation du secret professionnel et violation du secret de l'instruction. Mais celle-ci ayant été confiée à la police judiciaire, celle-là même qui est suspectée, les familles de victimes n'en attendent pas grand-chose. D'autant que la confiance accordée au parquet, qui évolue sous la tutelle étroite du pouvoir exécutif, s'est sérieusement dégradée au cours de ces dernières années. Notamment à Paris.
L'Élysée dans l'embarras
Le procureur de la capitale a malgré tout l'occasion de faire montre d'indépendance en saisissant un juge d'instruction. Mais il peut aussi choisir de garder le contrôle des investigations. Au risque pour les familles de victimes de voir prononcer un classement sans suite sur ordre du pouvoir. Dans ce cas, celles-ci auraient alors la possibilité de se constituer directement parties civiles devant un juge d'instruction.
Quel que soit le scénario, Brice Hortefeux semble pris dans une nasse judiciaire. D'autant que d'autres écoutes démontrent que Thierry Gaubert a profité de ses confidences pour menacer sa femme et lui intimer l'ordre de se taire.
L'ancien ministre de l'Intérieur pourrait ne pas être le seul à se retrouver en fâcheuse posture. Dans sa plainte révélée par lepoint.fr, Me Olivier Morice vise aussi le fameux communiqué diffusé la semaine dernière par l'Élysée. Il y est écrit que « le nom de Nicolas Sarkozy n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier… comme cela apparaît dans les pièces de la procédure ». Une rédaction plus que maladroite qui démontre la connaissance des investigations menées par le juge Van Ruymbeke au plus haut sommet de l'État.
De quoi inciter les enquêteurs à aller frapper à la porte du Château pour interroger les auteurs du texte et leurs commanditaires. Tout au moins si on leur en donne l'autorisation. On n'a pas fini de parler de l'affaire Karachi.
Dominique Richard
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